Interview de Sarah McCoy : une artiste entre force, vulnérabilité et magie scénique.
Dans cette interview, Sarah McCoy se livre avec sincérité sur son univers profondément émotionnel, son rapport presque spirituel à la voix, la manière dont le confinement a transformé sa création, ainsi que son lien privilégié avec le public français. Entre transmission, improvisation et introspection, elle raconte une vision artistique où la scène devient un espace de libération totale et où chaque chanson reste vivante, en constante évolution. Merci Sarah !
En concert le vendredi 21 novembre 2025 à la Salle Allende de Mons-en-Barœul (59370).
Propos receuillis par Céline Galant. Crédit photo : Anka.
Un univers artistique brut et émotionnel chez Sarah McCoy
Votre musique est à la fois brute, intense et profondément émotionnelle. Comment décririez-vous votre univers artistique à quelqu’un qui ne vous aurait encore jamais écoutée ?
(rires) Vous venez de le dire mieux que moi ! J’accepte.
Votre album High Priestess (ou le dernier en date, selon l’actualité) a marqué un tournant dans votre parcours. Quelle est l’histoire ou la vision derrière ce projet ?
Ça a commencé, comme pour beaucoup d’artistes à cette période, pendant le confinement. Il y avait cette pression de devoir quand même « avancer » avec un nouveau projet, sans aucune idée de ce que l’avenir allait devenir…
En même temps, c’était la première fois que je me retrouvais sans piano, dans un pays étranger, enfermée comme un poisson rouge dans son bocal, avec toutes mes pensées et mes problèmes. Loin de mes amis, de ma mère et de mon environnement habituel pour créer, je me sentais étouffée.
J’avais juste mon logiciel et mon clavier MIDI, alors j’ai tenté ma chance avec une autre façon de composer. C’est quelque chose qui m’a permis de créer un espace où exister, dans l’abstrait, un endroit où je pouvais respirer, plonger dans les textures sonores, les couches de chœurs, et exorciser ce qui me hantait. C’était vraiment thérapeutique.
On ressent dans votre voix une authenticité rare, presque viscérale. D’où vient cette puissance d’interprétation Sarah McCoy ? Est-ce un moyen d’exorciser, de transmettre, ou un peu des deux ?
Je le vois toujours comme une transmission. Ma voix est aussi temporaire que mon corps, et aussi infinie que l’esprit qui vit en moi. Ce n’est pas ma possession, à mon avis, c’est une visite rendue. Je parle souvent de ma voix comme d’une autre : elle. Une très chère amie.
Vous êtes passée des clubs de la Nouvelle-Orléans aux scènes européennes. Comment avez-vous vécu cette transition culturelle et artistique ?
Je n’aurais jamais pu avoir la confiance nécessaire pour monter sur les scènes sur lesquelles je joue aujourd’hui sans l’expérience des bars. Là-bas, il y a cette tolérance, ce « pardon » d’être débutante — tu joues pendant les happy hours, tu testes des trucs devant des gens qui boivent un verre à 16 h.
Mais c’est très différent de jouer dans les centres culturels ou les théâtres. Le concert prend un autre rythme, plus intime, avec une tendresse impossible à trouver dans un bar bruyant. On a l’espace pour vraiment vivre la poésie des paroles.
La musique reste puissante, bien sûr, mais le niveau émotionnel qu’on peut atteindre dans un théâtre, avec une mise en scène, des lumières, des techniciens et techniciennes doués qui nous accompagnent pour présenter notre univers… Cest fucking magique — une vraie sublimation artistique.
Le Nord de la France est une région très attachée à la musique vivante et aux émotions vraies. Quelle relation entretenez-vous avec votre public français ?
Je trouve que le public français est adorablement généreux avec moi, et ça a été comme ça depuis le tout début. Je m’inquiétais pendant mes premières tournées en France, parce que je ne parlais pas encore la langue. Malgré ça, les gens venaient à mes concerts avec une chaleur et une force incroyables. C’est même grâce à cet accueil que j’ai voulu apprendre le français, pour mieux me connecter avec eux.
Ma musique est souvent mélancolique, un peu nostalgique, alors ça fait du bien, pour eux comme pour moi, de pouvoir aussi partager des moments drôles, débiles ou tendres entre les chansons.
La scène semble être pour vous un espace de liberté totale. Qu’est-ce que vous recherchez à chaque représentation ?
Le but, pour moi, c’est de reprendre l’histoire de la musique et de la faire vivre. Pour revenir à cette idée de « transmission », c’est ce qu’elle (ma voix) ressent qu’elle doit dire ce jour-là.
C’est pour ça que je laisse certaines chansons sans bordures fermées, pour qu’elles puissent continuer à évoluer, même après leur enregistrement. Je ne veux pas faire une « répétition » ou un « récital » de mon album. Chaque concert est une conversation vivante entre moi, ma voix et le public.
Si vous deviez citer un artiste ou une œuvre qui vous inspire profondément aujourd’hui, lequel ou laquelle choisiriez-vous ?
Je suis une grande fan de Radiohead depuis mon adolescence, mais j’avoue que c’est surtout la voix angélique et fucking dark de Thom Yorke qui m’hypnotise le plus. Et dans le même esprit, parmi les artistes plus récents, mon cerveau bave quand j’écoute James Blake.
Vous avez souvent évoqué la vulnérabilité et la force féminine dans votre art. Comment ces deux pôles cohabitent-ils dans votre processus créatif ?
(Rires) Je ne peux pas vraiment dévoiler mon « processus créatif », parce qu’il n’est pas très clair pour moi non plus ! Mais être une femme, c’est devoir avoir des côtés tendres et une peau imperméable. Le fait que ça se retrouve dans ma musique ne m’étonne pas : je ne peux pas chanter ma vision du monde comme si elle n’était que d’un côté ou de l’autre.
Enfin, quels sont vos projets à venir après cette tournée ? De nouvelles collaborations, enregistrements, envies particulières ?
J’ai eu un gros fucking blocage créatif, genre la page blanche qui ne voulait jamais partir. Mais j’avais sans doute besoin de laisser mes deux pôles (force et vulnérabilité) faire ce qu’ils avaient à faire, se confronter, se relâcher. On verra bien ce qui naîtra entre eux…
Un petit mot pour nos lecteurs ?
La vie est longue, mais elle file vite. Pose ton téléphone, chérie, et profite du spectacle !