Le festival bat son plein pour cette 40ᵉ édition, et ce samedi 10 octobre a offert au public tourquennois une magnifique traversée entre transmission, modernité acoustique et sonorités du monde.
Texte : Céline Galant.
Crédits photos : avec l’aimable autorisation et les aimables partages d’Hervé Escario.
Une première journée vibrante au Tourcoing Jazz Festival 2026.
16h00 – Maison Folie Hospice d’Havré : la transmission en partage
Vivien Brouiller et Arno Thuillier

La journée débute sous le signe du partage et du dialogue intergénérationnel à la Maison Folie Hospice d’Havré. Sur scène, le tout jeune et prodigieux pianiste Vivien Brouiller, à peine âgé de 21 ans, retrouve son ancien professeur, le saxophoniste Arno Thuillier (56 ans).
Ensemble, avec une complicité évidente et une générosité débordante, ces deux musiciens d’exception revisitent un répertoire de grands standards en y apposant leur propre empreinte :
Utviklingssang (Carla Bley),
Naima (John Coltrane),
‘Round Midnight (Thelonious Monk),
Maiden Voyage (Herbie Hancock),
In a Sentimental Mood (Duke Ellington),
Bésame Mucho (Consuelo Velázquez),
Jardin d’hiver (Henri Salvador / Benjamin Biolay).
Entre la fraîcheur virtuose de Vivien et le phrasé mûr et généreux d’Arno, chaque morceau résonne comme une relecture intime, chaleureuse et résolument vivante. On ne pouvait pas rêver mieux comme ouverture de festival tout en douceur et frissons.
17h30 – Chapelle de la Maison Folie Hospice d’Havré : voyage cinématographique et futuriste
Duo Brady
Changement d’atmosphère dans le cadre intime et majestueux de la Chapelle. Le Duo Brady (Michèle Pierre au violoncelle et Paul Colomb au violoncelle également) propose un dialogue envoûtant où le son lyrique et chaleureux des instruments à cordes se mêle aux sonorités actuelles.
Les musiciens embarquent littéralement l’auditoire dans une double expérience :
♦ une bande originale captivante, digne des plus grandes séries scandinaves comme Bron (The Bridge), distillant une tension dramatique, à la fois mystérieuse et nordique.
♦ un récit narratif affirmé, articulé autour d’un parti pris environnemental, futuriste et ufologique, emmenant l’écoute vers des horizons inédits aux confins de la science-fiction et de la prise de conscience écologique.
Un moment hors du temps où la précision acoustique dialogue subtilement avec l’imaginaire du spectateur, le concert s’achevant sur un retour aux sources celtiques chères à leurs origines respectives.
19h15 – Piscine Tourcoing-les-Bains : une immersion hypnotique
Akutuk Origins
Pour clore le parcours de cette fin d’après-midi, rendez-vous dans un lieu pour le moins insolite : la Piscine Tourcoing-les-Bains.
Inspiré d’une tradition ancestrale du Cameroun transmise entre femmes, le projet Akutuk Origins fait de l’eau un véritable instrument de musique à percussion. Entre percussions aquatiques, polyrythmies et chants envoûtants, les artistes offrent un concert liquide et vibrant qui résonne merveilleusement dans l’architecture du lieu.
Une expérience sensorielle et culturelle mémorable qui témoigne de toute la diversité programmatique du Tourcoing Jazz Festival 2026.
20h00 – Théâtre Municipal Raymond Devos : la grande soirée

Soirée double plateau : Sophie Alour 6tet + Yaël Naïm
La soirée se poursuit dans le cadre majestueux du Théâtre Municipal Raymond Devos avec deux propositions artistiques intenses et complémentaires :
Plateau 1 : Sophie Alour 6tet (Nouveaux Mondes)
Dans ce nouveau projet, la saxophoniste tenor Sophie Alour façonne ses morceaux comme autant de petites cathédrales éphémères destinées à élever les auditeurs au-dessus des nuages, loin du fracas du monde. Accompagnée d’une formation riche (saxophone, batterie/chant, guitares, violoncelle (Paul Colomb du Duo Brady !), synthé et piano), elle livre une prestation d’une grande élévation poétique.
Plateau 2 : Yael Naim (Solaire)
Yaël Naïm fait son grand retour avec une œuvre audacieuse et inattendue. Mêlant ambiances électroniques et orchestrations classiques, entièrement écrite, composée et réalisée par l’artiste, sa prestation solaire – soutenue par la voix, les claviers et la batterie – captive la salle par sa modernité et son émotion brute.
Une journée au cœur de l’esprit du festival
En faisant se rencontrer la transmission intergénérationnelle, l’exploration futuriste et environnementale, les traditions ancestrales et l’audace des compositions contemporaines, le festival prouve une fois de plus que le jazz est une matière vivante, libre et profondément généreuse.
Une 40ᵉ édition qui continue d’enchanter, d’élever, de réunir et également annonciatrice de la suite de la programmation 2026.
