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Izia et Robert Courtin à L'Aéronef de Lille © Sébastien Ciron
Reportages

Izia, le concert d’urgence à Lille

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27 novembre 2015 - par L'équipe

À deux semaines des événements tragiques qui ont traumatisé les Français et la culture musicale, se rendre à l’Aéronef dans les premiers rangs pour regarder et écouter Izia en concert.

Celle-ci, vivement attendue depuis des mois, est symptomatique de thérapie, voire d’exorcisme. Ce ressenti surréaliste semble réciproque en observant les gens s’observer courageusement. Le concert n’est malheureusement pas complet, seule la fosse est ouverte pour accueillir les 1100 personnes présentes. Néanmoins, le public motivé est beau dans son regard et mixité.

20h : les lumières s’éteignent sur l’entrée en scène d’un trio régional au physique et look de gendre trentenaire idéal appelé David Courtin, tel le nom du chanteur et personnage central. Avec leurs sonorités électro-pop qui oscillent entre recherches de production mélodique et mauvais goût techno dance, sur des paroles naïves et attitude comique, le projet s’avérera être une curiosité bienvenue, car elle décontractera le public. Pour caricaturer le rendu de la même manière, c’est un peu Salut c’est cool qui rencontrerait Philippe Katerine en duo avec Kyo. Le chanteur finira en slip couleur espoir accompagné le temps d’un morceau, d’un passage-éclair par la volcanique Izia, insaisissable.

20h50 : la scène déjà débarrassée du matériel de David Courtin, lumières éteintes, s’illumine sur la sculpture de néon qui forme la typographie d’Izia aux couleurs, discrètes, de la France. Le bien nommé « Hey » du dernier album La vague en version crescendo sonne comme une introduction parfaite à l’arsenal sonore sophistiqué qu’offre Izia pour cette tournée. Les cinq musiciens placés en triangle, batteur au centre, laissent ainsi tout l’espace du centre et du devant de la scène à la jeune chanteuse, qui l’occupera avec une fougue animale.

Mais avant, le temps de la chanson, vêtue d’une longue jupe blanche dans les lumières feutrées, par une gestuelle gracieuse, elle donne plutôt l’image d’une fée à la manière de Florence and the Machine. Avec « So Much Trouble » du précédent opus au karma rock and roll ancestral, Izia profite de l’énergie de la danse pour envoyer balader sa jupe, dévoilant des cuisses de compétition, et short moulant. La sensualité fait la part belle au concert, autant physiquement que musicalement. C’est le cas avec le titre « autour de toi » manipulé au pad (joujou évident de la chanteuse) de façon sexy et envoûtante, ou encore avec « bridges » langoureux à souhait.

Avec « Twenty times a day » c’est à une Izia possédée dont l’on a le droit sur le puissant riff de guitare, « dingue » façon Beth Ditto des Gossip. « You », telle une déclaration d’amour sur le refrain « Je te donne tout » évolue sur une performance vocale à couper le souffle. Là se trouve son don, complémentaire au talent, tout donner et se donner à 100 %, comme avec ce « Lola » des débuts, subtil et efficace. Ce n’est pas à la fille de Jacques Higelin en mode clone du paternel ou encore à l’actrice que l’on a affaire, mais à une vraie chanteuse, leader d’un groupe qui mène son trip avec vivacité et caractère.

Le public conquis participe à la chorale de Lille telle qu’elle le qualifie sur « Les ennuis ». Une déclaration d’amour pour la ville et ses habitants suivra spontanément, sincèrement. Izia n’est pas avare de communication, car quasiment entre les titres, on est complice de ses conseils ou encore témoin consentant de ses délires. Elle nous soigne comme si nous étions ses amis proches, à domicile, et n’hésite pas à refroidir aussi l’atmosphère quand ça ne va pas, réclamant que l’on arrête l’utilisation des smartphones ou des appareils photos jugés dérangeants. Ses propos sont d’autant plus compréhensibles qu’ils complètent l’évocation à vivre plus posément qu’auparavant l’instant.

« La vague » single éponyme de l’album sous-estimé à sa sortie prend une dimension épique avec sa nouvelle introduction grandiloquente ou se fusionne électro et rock façon hymne fédérateur. Les musiciens sont exceptionnels. Sur « Let me alone » c’est retour aux années 1970 : une trame rock and rollesque qui amène envie de crier, taper dans les mains et sauter. Le guitariste Sébastien Hoog est digne des plus grands, capable de solo à la Pink Floyd décoiffant ( notamment sur  » Penicilline « ). Les claviers ne sont pas en reste, car les arrangements flirtent parfois avec la disco ou la new wave (divinement sur  » Reptile « ). Avec son virage électro-pop amorcé et décrié parfois sur le dernier album, les musiciens et Izia ont su insuffler le rock organique des premières tournées sur chaque titre de la même façon que des séquences synthétiques agrémentent les morceaux rock des débuts.  Tandis que la complainte « Tomber » d’avant le rappel émeut, « Discoball » en finale résonne comme une syntaxe de la performance et en devient orgasmique.

Ce soir, une bombe remplie de virtuosité, d’humanité, de générosité, de liberté et de valeur, a explosé sur scène en irradiant l’audience de toutes ses vibrations rebelles pacifiques. Respect et merci mademoiselle Izia pour cette note d’espoir.

Les photos du concert par Sébastien Ciron.

Josse JUILIEN

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