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Tiken Jah Fakoly

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23 janvier 2024 - par Sébastien CIRON

Tiken Jah Fakoly à Lille le 27 mars 20246 min. de lecture

Pas besoin de faire des chichis : les mots simples sont les plus forts. « Ils ont partagé le monde, plus rien ne m’étonne. Ils ont partagé Africa sans nous consulter, ils s’étonnent que nous soyons désunis ! Une partie de l’empire mandingue se trouva chez les Wolofs, une partie de l’empire mossi se trouva dans le Ghana ». Constant dans sa pensée panafricaine attachée à la justice et à la véracité des faits historiques, le reggae man ivoirien a écrit Plus rien ne m’étonne en 2004, et nous en livre vingt ans plus tard une version acoustique, lancée par un déluge de kora, chantée en duo avec Naâman, vecteur de la vitalité du reggae français.

Aller droit au but, avec élégance et en toute africanité : c’est le principe d’Acoustic, seizième album du natif d’Odienné, commune du nord de la Côte d’Ivoire, direction la Guinée et le Mali. Dans cet opus, pas d’électricité, ou si peu, ni de synthétique, mais de l’organique, de la poésie et des compagnons de route venant soutenir la voix de Tiken, créant ainsi un cocon rassérénant – préparation aux luttes à mener. Le parcours du combattant Tiken est habilement rappelé par de courts interludes parlés, extraits du web documentaire, Tiken Jah, descendant de Fakoly, produit par le site Pan African Music (PAM).

En quatorze titres, Acoustic balaie les moments forts de vingt-sept ans de publications discographiques, de Mangercratie (1996) à Braquage de pouvoir (2022), agrémenté d’un inédit, Arriver à rêver, pour un monde respirable. Produit par Jonathan Quarmby, l’album met en perspective une œuvre percutante en l’ancrant dans les sonorités de la grande Afrique, laissant de côté les arcanes du reggae traditionnel sans jamais les effacer. Fini les lignes de basses, le skank et la caisse claire. Voici de la guitare (Colin Laroche de Feline), du n’goni (Andra Kouyate), du balafon (Adama Dembele et Adama Bilorou Dembele), des percussions (Tiemoko Kone), le tout agrémenté de chœurs (Wendy Engone et Julie Negblé Remy), de kora (Cherif Soumano Mamadou), de violon soku, de talking drums

L’introduction d’éléments africains s’était imposé dès Coup de gueule en 2004, produit par Tyrone Downie, le clavier de Bob Marley. « On ne fera pas mieux que le reggae jamaïcain, mais on sait aussi que les Jamaïcains ont abordé les Antilles avec l’Afrique dans leur sac ». Il fallait inverser le balancier, réinjecter les effluves du Continent noir dans les apports des West Indies. Et nous voici avec un Acoustic sans cuivres, très africain dans son phrasé, dans sa force, son rythme.

Tiken Jah Fakoly savait que Bob Marley voulait être enterré en Ethiopie (ce ne fut pas le cas) et que ses cheveux soient jetés dans le fleuve Congo (ce dont sa veuve Rita Marley s’est chargée). Au fil des dreadlocks, des fleuves qui mènent à la mer, des croisements maritimes, s’est tissée la légende du reggae, qui a imprégné le monde entier. Suivant les traces de l’excessif Alpha Blondy, de quinze ans son aîné, Tiken Jah est porteur d’une parole contestataire à l’instar de son collègue sud-africain Lucky Dube, mort assassiné en 2007.

Tombé en amour avec le reggae, Tiken devient Jah et fonde son premier groupe de reggae, Les Djelis, à la fin des années 1980. A la mort du président historique Felix Houphouët-Boigny en 1993, la Côte d’Ivoire subit les affres des luttes politiques intestines. Tiken prend la parole, la jeunesse le suit. Réfugié au Mali en 2002 à la suite de la guerre civile qui divisait cruellement la Côte d’Ivoire, Tiken Jah est un Malinké, « un griot de circonstance », appartenant à la caste des forgerons. Ce guerrier passé au pacifisme est le descendant de Fakoly Koumba Fakoly Daaba, qui fut, au XIIIe siècle, un des lieutenants de l’empereur Soundiata Keïta, libérateur du peuple mandingue.

« Je rêvais depuis longtemps d’un album acoustique, confie Tiken Jah. Comme un retour nécessaire à la tradition, une façon aussi de mettre les voix en valeur. En 2007, pour l’album L’Africain, j’ai rencontré le producteur anglais Jonathan Quarmby, qui a travaillé avec Ziggy Marley, Finley Quaye, Kanye West », et tant d’autres.

« Après L’Africain, nous avons conçu African Revolution en 2010, avant Dernier Appel en 2013 et Racines en 2015. Les maquettes avaient été réalisées en acoustique, c’était formidable ».

Tiken voulait que Les Martyrs (2000) (« Nous allons pardonner mais jamais oublier ») mais aussi Délivrance (1999) figurent au programme aux côtés d’Enfant de la rue (2022). « Mais le choix des titres a été soumis à un vote démocratique, et j’ai validé, s’amuse-t-il. La sélection des textes a aussi suivi l’actualité – donc Plus rien ne m’étonne s’imposait par exemple ».

Tiken Jah Fakoly

La voix de Tiken Jah n’a jamais été aussi bien sublimée, déclinée en solo, démultipliée en chœur, riche. Mais le chanteur-diseur n’a pas souhaité faire cavalier seul. Il a des invités, à commencer par le « grand frère des luttes, Bernard Lavilliers, celui qui a importé le reggae en France, comme Serge Gainsbourg », dit Tiken. Ils reprennent ensemble Tonton d’America, à l’origine inclus dans l’album Coup de Gueule, publié en 2004. Cette année-là, le Stéphanois avait convié l’Ivoirien à chanter Question de peau sur Carnet de bord. Parcours militant croisé, comme celui du Brésilien Chico Cesar, opposant à toutes les dictatures, défenseur des racines africaines de son pays, rejoint par le Jamaïcain Horace Andy pour un Africain à Paris, adaptation balancée de la chanson de Sting, English Man in New-York, histoires de migrants.

La Malienne Djely Tapa apporte sa voix de griotte sur Alou Mayé (2004) chanté en dioula (langue mandingue en Côte d’Ivoire), tout comme le titre Djourou (2000), l’ensemble étant interprété en français

  • exception : le langoureux phrasé de Tiggs Da Author, Tanzanien de Londres, appelé en renfort pour un turbulent Les Martyrs (2000, dans Cours d’histoire). Et puis, Mathieu Chédid, M, voix haute et guitare turbulente, pour un Ouvrez les frontières, composé en 2007, et fort à

Etre armé ne saurait exclure le charme. Acoustic nous prend à rebours et met à nu deux vertus : la force des mots de combat et le plaisir de coller à la matrice, la musique mandingue, si souple, si prenante, et finalement si reggae dans son esprit.

 

Au Théâtre Sébastopol de Lille, le 27 mars 2024

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