De l’orgue Bontempi saturé aux albums autoproduits, le parcours de Stéphane Blek est celui d’un artiste qui refuse les cases et les compromis.
Céline Galant
À l’occasion de la sortie de son quatrième album solo le 14 janvier 2026, retour sur la trajectoire d’un musicien autodidacte pour qui l’art est indissociable d’un engagement viscéral pour la vie et la liberté.
Une genèse sous le signe du rock sombre
Tout commence par une « agression sonore » de voisinage à 18 ans : un orgue Bontempi branché sur une pédale de distorsion. Ce geste fondateur marque l’entrée de S. Blek dans la musique par la porte de l’autodidacte. Très vite, l’envie de partager les décibels l’amène à former Nosferatu à l’âge de 24 ans. Nous sommes alors en plein cœur du rock sombre, une période rythmée par un 45 tours, des compilations sur le label Squale Records et des concerts à l’ambiance électrique.
Pourtant, en 1988, fidèle à son instinct, il met fin au groupe pour explorer de nouveaux horizons. S’ensuit une période d’ouverture : le théâtre lui permet de maîtriser sa voix, tandis que le groupe No Fun Clown explore les sonorités ska au début des années 1990. Après une parenthèse loin des studios entre 1996 et 2007, l’appel de la création revient en 2008, plus fort que jamais.
L’ère du solo : La liberté retrouvée
Après plusieurs années à diriger des formations mouvantes (dont le projet Les French Décapants en 2015), Stéphane Blek fait un choix radical en 2016 : mener ses projets seul et « sans filet ».
Sa collaboration avec l’arrangeur Victor Lecoeur, puis avec le claviériste Olivier Reucher, donne naissance à une discographie riche :
Nuages et dissidence (2021) : Un album marqué par une recherche sonore et textuelle.
Quatrième album (Janvier 2026) : Porté par le single « Animal domestique », ce nouvel opus confirme la maturité de l’artiste.
L’aspect visuel est devenu central dans son œuvre. Sous l’œil de la réalisatrice Cécile Delpoio, ses morceaux se transforment en clips cinématographiques, parfois provocateurs, mais toujours sincères.

Un homme aux mille vies
Le parcours professionnel de Stéphane est à l’image de sa musique : foisonnant. Dessinateur publicitaire, serveur, brancardier, gérant de commerce, puis intégrateur et rédacteur web… Cette succession d’expériences nourrit un regard lucide sur le monde du travail et la société de consommation.
Aujourd’hui, il conjugue sa passion artistique avec une action concrète pour la cause animale : le sauvetage de poules pondeuses destinées à l’abattoir pour leur offrir une retraite paisible. Un acte qui illustre sa philosophie de vie : la bienveillance envers le vivant plutôt que la rentabilité à tout prix.
Une parole sans autocensure
Stéphane Blek n’est pas là pour plaire à la majorité. À travers des titres comme « La milice de la nature », « Mon gros lobby » ou « Produire encore », il s’attaque de front aux travers de notre époque.
Ses chevaux de bataille sont clairs :
L’antispécisme : Une opposition totale à la maltraitance animale et à la transformation du vivant en marchandise.
La critique du « Progrès » technologique : Pour lui, le véritable progrès réside dans l’éradication de la violence et l’accès à la culture, et non dans le contrôle numérique ou le « capitalisme vert » qu’il juge hypocrite.
La défense des libertés individuelles : Farouchement opposé aux contrôles sociaux et aux lobbies, il revendique une marginalité assumée.
« Je me moque complètement de devenir célèbre », confie-t-il. Son moteur reste l’humour, l’amitié, et une forme de résistance poétique face à l’absurdité du monde.
Découvrez son univers
Le dernier clip de Stephane Blek, « Animal domestique », issu de son nouvel album, est d’ores et déjà disponible. Il y explore une nouvelle fois les thèmes qui lui sont chers avec cette patte visuelle et sonore si particulière.