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Interview : Ina-Ich au Crossroads Festival 2018 cacestculte
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Interview : Ina-Ich au Crossroads Festival 2018

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29 septembre 2018 - par YenchY

Groupe protéiforme francophone, sensible et rageur porté par l’auteure-compositrice Kim-Thuy Nguyen, Ina-Ich a posé ses valises à Roubaix pour dévoiler une nouvelle formule en duo piano-voix-batterie. L’occasion pour Ça C’est Culte de rencontrer Kim-Thuy Nguyen et Aurélien Clair, en symbiose sur scène comme à la ville.

(CCC) : Bonjour Ina-Ich et merci d’avoir accepté cet entretien ! Le Crossroads Festival a pour objectif notamment de faire découvrir des groupes dits « émergents ». Pourtant le projet Ina-Ich existe depuis plusieurs années. Quelles en ont été les différentes étapes, pour nos lecteurs qui auraient raté les épisodes précédents ?

Kim-Thuy Nguyen (K) : Ina-Ich est un projet qui évolue toujours, et qui n’est pas né en étant bien défini. À l’époque je me cherchais, il a fallu très vite monter un groupe, on était à quatre dans un schéma rock très classique. Je cherchais l’identité d’Ina-Ich dans ce groupe. Par la suite, Ina-Ich n’a pas cessé de muer. J’ai mûri avec Ina-Ich et j’ai su l’assumer, ça m’est tombé dessus comme ça.

Au départ je n’avais pas la maturité suffisante pour asseoir mes choix, j’avançais comme sur des béquilles. Il me manquait quelque chose. Mais heureusement Aurélien est arrivé, comme une sorte de deuxième jambe. J’ai trouvé un équilibre et une confiance en moi. À deux, on a réussi à donner une identité à Ina-Ich, à lui donner une vie et à le faire sortir de cette espèce de mutation.

Aujourd’hui on est en duo, c’est une formule qu’on n’avait pas testée auparavant.

Aurélien Clair (A) : On l’avait un petit peu testée en 2016 sur un autre festival. La dernière tournée on l’avait faite à trois. Le guitariste avec qui on jouait n’était pas disponible sur ce festival donc on avait décidé de le faire à deux. De là, on s’est dit : c’est génial à deux en fait. On s’est entendus autrement, on s’est dit qu’on allait créer plein de trucs.

K : On n’avait jamais fouillé vraiment. Les morceaux étaient là et on les jouait tout simplement. Je les composais, écrivais, arrangeais, produisais – Brad (Brad Thomas Ackley, n.d.r.l.) a réalisé le dernier album -, les morceaux sortaient comme ça sans qu’on cherche vraiment à les fouiller. Mais là comme on est à deux, ça force à combler les vides, à compenser de manière musicale et intelligente toutes les carences qu’on pourrait avoir en n’étant qu’à deux.

A : En étant multitâche aussi.

CCC : J’ai vu, Aurélien, que tu avais un miniclavier pour jouer quelques passages de basse.

A : Oui, plutôt que de lancer des séquences qui partent d’un début et qui vont s’arrêter à une fin à partir d’une seule machine, on a tout redécoupé pour donner quelque chose de plus organique.

K : Au bout de dix ans on se redécouvre et je trouve ça génial car on a travaillé de tellement de manières possibles et là, on se retrouve face à face avec nos instruments, et des idées qui foisonnent depuis tellement longtemps qu’on n’avait jamais vraiment pu mettre en place avant.

A : Ça fait deux ans qu’on réfléchit à l’après « ii3 », le dernier album qui est sorti. Brad étant déjà très pris avec Matthieu Chedid. on savait qu’il ne serait pas forcément disponible pour la tournée d’après et on n’avait pas forcément envie de repartir encore avec d’autres musiciens. Donc on a mûri ce duo, puis il y a eu cette opportunité de venir jouer ici au Crossroads Festival alors qu’on n’a pas d’équipe technique. D’habitude avant de monter sur scène on fait une résidence, on travaille avec une équipe technique. Cette fois, on s’est dit « allez, on y va, on travaille notre truc, on fait confiance aux très bons techniciens ici, on y va et on joue » et ça s’est super bien passé.

CCC : Kim-Thuy, quelle est la chanson dont tu es la plus fière ou que tu aimerais laisser derrière toi ?

K : Celle où j’ai un sentiment que ça a jailli, c’est « Âme armée ». Je me rappelle comme si c’était là, la manière dont c’est entré dans ma tête. La mélodie du refrain était là, je l’entendais. Les paroles se sont collées dessus, c’est étrange. Ce morceau, je ne sais même pas si c’est moi qui l’ai créé (rires). C’était une sorte d’inspiration divine, ça m’est tombé dessus comme ça. Ce serait le titre qui aurait cette espèce de dimension symbolique, s’il fallait faire une distinction.

Après il y a des titres qui concernent mon histoire, mes parents, qui à chaque fois que je les chante, touche énormément, parce que je voue un amour incommensurable à mes parents. Donc à chaque fois ça m’émeut. « Libre comme l’eau », « Sans visage » qui parle de mes racines, ce sont des titres qui ont une résonance particulière pour moi.

CCC : Est-ce qu’il y a en ce moment une ou plusieurs thématiques qui vous intéressent ou vous préoccupent et pourraient faire l’objet d’une prochaine chanson d’Ina-Ich ?

K : (rires) Ma façon d’écrire, c’est un peu comme un journal intime. J’observe et raconte ce que je vois, soit ma propre expérience, soit ce qui me touche dans mon environnement. Aujourd’hui il y a tant de choses à raconter, par exemple l’écologie, l’environnement c’est quelque chose qui nous concerne tous. Je ne suis pas la plus écolo des citoyennes mais c’est quelque chose qui me fait cogiter. (réfléchit) Notre manière de consommer déraisonnable, qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants à présent qu’on est parents, ça me trotte dans la tête.

Mais il n’y a pas de thème présent, ça se déclenche tout seul. Je n’ai pas de bataille à porter mais je capte des choses. J’ai d’abord la musique, et c’est elle qui va m’orienter vers un mot ou une impression particulière. Je vais me projeter dedans et ça va sortir. C’est presque de l’écriture instinctive.

CCC : On voit pas mal, en ce moment dans les médias et sur internet, une certaine prise de conscience sur les personnes d’origine asiatique qui ont envie d’être plus reconnues et visibles, ainsi qu’une lutte contre certains clichés. Comment vous positionnez-vous par rapport à ça ? Êtes-vous, en tant qu’artistes, encore impactés par une forme de racisme contre les asiatiques ?

K : Ça me parle, mais quand je m’exprime, je le fais en mon nom. Je ne veux pas représenter de communauté parce que je respecte les uns et les autres. Si je m’exprime mal ou si j’ai des propos qui peuvent agresser ou choquer, ça ne concerne que moi et pas des gens de la même origine que moi.

Le racisme quotidien c’est quelque chose qui est pesant, surtout quand on a des enfants aujourd’hui. Pour leur expliquer ça c’est compliqué.

Pour en revenir aux asiatiques, qu’il y ait une prise de conscience aujourd’hui, je trouve ça très bien car ça permet de lever des clichés et une espèce d’idée que la plupart des gens ont des asiatiques.

CCC : Au niveau de vos rapports avec l’Asie ou avec le Vietnam dont Kim-Thuy est originaire, est-ce que vous avez songé à faire des collaborations avec des artistes vietnamiens ou à enregistrer là-bas ? Il y a une époque où Ina-Ich utilisait des instruments traditionnels vietnamiens sur certaines de ses chansons, est-ce qu’il y a encore cette envie-là ?

K : En parlant d’Asie, on a le projet de l’album des dix ans. Ça va être un album solidaire, on va parrainer une école au Vietnam qui permet aux enfants défavorisés d’avoir une scolarité stable et pouvoir accéder à l’éducation. On va lancer un financement participatif pour cet album.

Le projet c’est aussi de faire un voyage initiatique pour moi parce que je ne suis jamais retournée au Vietnam. J’appréhendais tellement que je ne me suis jamais créé d’occasions d’y aller. Le Vietnam, je ne le connais que par le récit de mes parents, par cette souffrance, ce déracinement. Eux l’ont vécu de manière très très douloureuse. Bien sûr ils le gardent pour eux, ça ne se voit pas sur eux, ils sont très dignes… Mais ils ont ça en eux. Je crois que j’ai toujours eu peur de me raccrocher à mes racines car je ne savais pas comment j’allais découvrir ce pays, si j’allais aimer…

C’est un pays qui a été divisé, il y avait le Sud, le Nord… Nous on venait du Sud et mon père a toujours gardé une amertume et une dureté envers les gens du Nord. Sachant que c’était un conflit idiot, une guerre insensée. Le Vietnam a évolué bien entendu. Depuis que j’ai des enfants je me dis : « qu’est-ce que je vais leur transmettre ? ».

CCC : C’est drôle car depuis le début de cette interview, il y a toujours ce prisme des enfants, qui donne une nouvelle dimension à tout ce que vous avez fait précédemment.

K : Oui, exactement, car c’est l’importance de la transmission. C’est ce qui donne un sens à son existence. Tout ce qu’on vit c’est pour transmettre. Si on ne sait pas transmettre quelque chose, ça veut dire qu’on renie tout ce qu’on a fait, ou qu’on n’a pas vécu pleinement ce qu’on a vécu. Mes enfants, j’ai envie de leur transmettre quelque chose de plein, de beau, de positif, parce que c’est comme ça que j’entrevois la vie : dans la construction. Et je veux leur parler du Vietnam comme quelque chose de beau, et pas comme quelque chose de négatif. On a envie de découvrir le Vietnam de manière culturelle, mais pas politique, de laisser de côté cet aspect.

J’ai envie de faire ce voyage avec Aurélien et justement, faire des contacts et échanges culturels, enregistrer des choses là-bas aussi.

CCC : Pour finir l’interview, notre site s’appelle « Ça C’est Culte ! ». Donc, y a-t-il, pour vous, des films, albums, chansons ou autres… pour lesquels vous vous dites, « ça, c’est culte ! » ?

K : Argh, y en a tellement… (sourit). Ce qui est culte pour soi peut être complètement différent pour les autres…

(réfléchit)

Moi j’ai un album culte que je n’ai pas écouté tout de suite. L’album qui m’a fait sortir de mon corps, c’est Keith Jarrett, le « Köln Concert ». C’est un album que j’avais écouté comme ça, une fois, ça m’avait pas tant parlé que ça, puis un jour je me suis trouvée tout de seule, j’avais un moment, je me suis allongée par terre en l’écoutant et là j’ai fait un voyage hors de mon corps. Et je me suis dit « Ouaaah, on peut faire ça avec de la musique ! ». C’est pour moi devenu l’album de référence. Le gars, il est pendant une heure et demie derrière son piano et il n’arrête pas de jouer, et il arrive à accrocher les gens comme ça. C’est un album très spécial, sur la longueur.

La chanson culte pour moi, je dirais aussi « Hurt » de Nine Inch Nails. C’est pour moi la chanson qui devient matière, c’est une blessure cette chanson. Ça me donne la chair de poule… C’est la chanson culte pour moi, celle que j’aurais voulue écrire (rires).

Il y a un film qui m’a déchirée, c’est « Le Tombeau des Lucioles »

Ma BD culte c’est « GUNNM ». Ça m’a beaucoup inspirée, je me suis identifiée dans ce personnage qui a une telle force mais une telle fragilité. Dans ce chaos et dans cette violence qu’elle a, cette puissance, cette envie de construire et de pureté. Souvent on me dit : c’est très violent ce que vous faites, c’est noir, c’est sombre, mais tout est un appel à la construction, pas à la destruction. Si j’ai cette violence-là, je dirais d’ailleurs plus puissance que violence, c’est l’idée de la frustration de voir autant de gâchis. L’humanité a une telle force, un tel pouvoir de construire que tout ce gâchis qu’on voit dans l’humanité, ça donne envie de donner des gifles quoi (rires). C’est cette envie de construire quelque chose de beau, de neuf, et j’ai envie de transmettre ça à mes enfants.

CCC : Et toi Aurélien ?

A : Moi c’est plutôt des artistes qui sont cultes pour moi, liés à la batterie. La batterie est un instrument qui est né avec le jazz. Ce sont des gens comme John Coltrane, avec un batteur que j’adore, Elvin Jones.

Dernièrement c’était aussi mes racines. Tu parles beaucoup des racines de Kim-Thuy, mais je suis d’origine réunionnaise par mon père et mes grands-parents. Je ne connaissais pas la Réunion mais on vient d’y faire un voyage récemment.

J’ai une formation classique au piano. À dix-huit ans j’ai arrêté le piano parce qu’il y avait en moi, depuis petit, le rythme de la batterie. C’était quelque chose de naturel. J’ai commencé la batterie naturellement, sans prendre de cours. Après j’ai pris des cours et j’ai longtemps cherché d’où vient ce rythme que j’avais. J’essayais de me rattacher à quelque chose. Je me suis rattaché au tout début au jazz, car je me suis dit, c’est l’histoire de la batterie. Après il y a eu le rock, tout ça. Puis je me suis dit, c’est génial le jazz, mais ce n’est pas moi non plus.

Cela faisait deux-trois ans que j’étais en quête de quelque chose, et il se trouve que c’était en fait la musique de la Réunion. Je ne l’avais pas dans les oreilles parce que mes parents n’écoutent pas forcément la musique créole, ils écoutent de la musique plutôt européenne. Et il a fallu que j’aille à la Réunion pour comprendre que c’étaient mes racines aussi. J’ai découvert le maloya surtout, et un artiste qui s’appelle Danyel Waro.

CCC : Un grand merci d’avoir répondu à nos questions !

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