Mercredi 15 octobre 2025, la ville de Tourcoing s’est illuminée d’un éclat particulier : sur la scène du Théâtre municipal Raymond Devos, c’est l’une des grandes voix du jazz mondial, Dee Dee Bridgewater, qui a pris le micro pour un moment unique.
Cette artiste, dont la carrière s’étend sur plusieurs décennies et qui a reçu de nombreuses récompenses, est venue présenter son projet « We exist! » un spectacle à la fois vibrant, engagé et musicalement puissant.
Ezékiel Likolo
Le projet « We Exist! » va plus loin qu’un simple concert : il réunit un quartet 100 % féminin, avec Dee Dee Bridgewater au chant, accompagnée de la pianiste et directrice musicale Carmen Staaf, la contrebassiste Rosa Brunello et la batteuse Shirazette Tinnin.
Ce choix est déjà une déclaration : dans l’univers du jazz, souvent dominé par des musiciens masculins, cette configuration féminine revendique sa place. Le spectacle est aussi un hommage aux grandes figures du jazz militant : dans le répertoire, on retrouve des titres comme Mississippi Goddam de Nina Simone, ou I Wish I Knew How It Would Feel to Be Free de Billy Taylor.
La salle du Théâtre municipal accueillait donc ce concert, les portes ouvrant à 19 h et le spectacle débutant à 20 h.
Dès l’entrée, le public est plongé dans l’atmosphère feutrée et chaleureuse d’un grand rendez-vous jazz. Le piano de Carmen Staaf, la contrebasse de Rosa Brunello et la batterie de Shirazette Tinnin créent un trio rythmique impeccable, sur lequel Dee Dee dépose son chant : libre, puissant, expressif.
Quelques instants marquants :
• L’interprétation de Mississippi Goddam résonne comme un cri, un hommage à la résistance et à l’histoire des droits civiques.
• Puis, un moment plus doux, presque intime : I Wish I Knew How It Would Feel to Be Free, qui invite à la réflexion, au silence partagé.
• Enfin, Dee Dee n’oublie pas : joyeuse, vivante, elle rit, plaisante, interagit, transformant le concert en expérience collective. Le message est sérieux, mais la célébration est pleine de vie.
Artistiquement, ce concert rappelle que le jazz est une musique vivante, en réinvention. Dee Dee Bridgewater, à ce stade de sa carrière, montre qu’on peut conjuguer virtuosité, émotion et engagement.
• Socialement : Le spectacle « We Exist! » est une prise de parole, sans discours prosaïque mais par la musique et la présence ; il affirme que les voix féminines, noires, et les musiciennes ont leur place dans le jazz.
• Localement : Le fait que cette icône internationale fasse étape à Tourcoing montre l’ampleur et la qualité du Tourcoing Jazz Festival, qui porte la 39ᵉ édition sous l’égide d’une programmation riche et diversifiée.
En conclusion
Le concert de Dee Dee Bridgewater à Tourcoing n’était pas seulement un « beau concert de jazz ». Il était un moment de partage, de réflexion, et surtout d’affirmation : des femmes, des musiciennes, des voix, nous existent — et elles grondent, chantent, vibrent. Le public a été témoin d’un spectacle qui se vit autant qu’il s’écoute.
Si vous y étiez, vous en êtes ressorti·e transformé·e. Si vous ne l’étiez pas, j’espère que ce compte-rendu vous transmet un peu de cette magie.