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The Color Bars Experience au Théâtre Sebastopol de Lille
Reportages

The Color Bars Experience au Théâtre Sébastopol de Lille

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7 janvier 2016 - par L'équipe

Quand The Color Bars Experience refait revivre Elliott Smith, et nous rappelle à quel point il est vital d’assister à des concerts.

Ce soir, j’ai rendez-vous avec un type épatant, brillant même, un musicien d’une rare sensibilité, même si des fois, il peut paraître un peu torturé.

C’est un américain, il s’appelle Elliott Smith. Mon rendez-vous de ce soir est décédé depuis maintenant douze ans, et ça fait douze ans qu’il me manque, mais, grâce à ses amis, et à ce pari un peu fou qu’est The Color Bars Experience, ce soir, je le retrouve, même si sa musique ne m’a jamais quitté. Ce soir, j’ai rendez-vous avec Elliott SMITH, et j’ai la boule au ventre en arrivant devant le Théâtre Sébastopol, où je suis heureuse de voir que je ne suis pas seule à avoir rendez-vous.

The Color Bars Experience, ce sont trois chanteurs, onze musiciens et beaucoup de talent, de chaleur et de modestie. Accompagnés par un orchestre de chambre, les trois chanteurs américains Jason Lytle (Grandaddy), Ken Stringfellow (The Posies) et Troy Von Balthazar (Chokebore) rendent hommage à la créativité et à la sensibilité d’Elliott Smith en réinterprétant Figure 8, son dernier album. Ce soir, violons, violoncelle, contrebasse, flûte traversière, cor, basson, guitare électrique, percussions et batteries vont redonner vie et exalter la musique d’Elliott Smith.

Le noir se fait sous le magnifique lustre étoilé du Théâtre Sébastopol, les cordes retentissent, les frissons montent, je reconnais les premiers accords de Son of sam, les premières larmes surgissent, je m’attends à voir apparaître Elliott Smith, mais c’est l’impeccable Ken Stringfellow qui s’empare du micro pour chanter ce titre plein d’exaltation. Puis, c’est sur le magnifique Stupidity tries interprété de façon émouvante et engagée que le concert s’enchaîne. Ken Stringfellow finira ce premier set par Wouldn’t Mama Be Proud, joué plus rock avec de très belles envolées des cordes et des percussions bien présentes. C’est au tour de Troy Von Balthazar de s’emparer du micro, avec un chant plus éthéré, il nous offre une version très intime d’Everythings remind me of there. La guitare sèche nous amène tout doucement Somebody that I used to know, rejoint par le jeu des cordes qui souligne merveilleusement la voix murmurée de Troy. L’orchestre prend toute sa place sur le morceau très énergique qu’est L.A.

Enfin, vient le grand, très grand Jason Lytle qui arrive timidement et fébrilement sur le devant de la scène, caché sous sa casquette de base-ball pour nous interpréter Color bars, morceau très folk renforcé par le banjo et le bar chimes. Vient ensuite l’immense morceau de sensibilité qu’est Everything means nothing to me, chanté par un Jason, tout en retenue et douceur. Difficile de ne pas être touchée. Ce premier set sera conclu par un Pretty Mary K plein de « saudade ». C’est un sentiment très étrange d’entendre ces morceaux chantés et réarrangés par d’autres…Ils nous paraissent familiers, mais on les redécouvre comme s’ils avaient mûris, grandis sans nous.

Troy Von Balthazar, les cuivres et vents, nous sauvent et nous relèvent avec l’exaltant Junk bond trader, enrichi par une orchestration très enlevée et électrique, comme un pied de nez à la morosité ambiante de ces derniers mois. Elliott Smith avait ce talent particulier de pouvoir chanter des choses très tristes sur des mélodies parfois très enjouées. On le retrouve encore ce soir avec les arrangements proposés. Arrive Hapiness, et mes larmes comme toujours sur ce morceau si mélancolique où Troy Von Balthazar, rejoint par Jason Lytle, nous livre une prestation douce et aérienne. Ken Stringfellow revient pour le morceau Place Pigalle, dédié à Paris, qui ne figure par sur l’album Figure 8, mais qui devait en être le titre à la base. Puis, le morceau Easy way out se livre avec justesse et tristesse, doucement vers la chanson In the lost & found servie par une interprétation légère et enlevée. Toujours aussi émouvant, Jason Lytle nous livre un Figure 8, sombre et habité, et enchaîne par I better be quiet now, tristement prémonitoire. J’ai vraiment l’impression d’assister à une cérémonie hommage à un Elliott Smith, mort récemment, tant l’émotion est palpable, aussi bien sur scène que dans le public.

Le concert se termine par Can’t make a sound, chanté à trois voix et porté par une orchestration très riche et intense. Cette interprétation profonde et lumineuse m’amène à penser que malgré la mort, la musique est plus puissante et vit à travers toute noirceur. Il y a beaucoup d’émotion et de chaleur dans les applaudissements très nourris…Les musiciens nous reviennent pour nous offrir un doux Between the bars (de l’album Either/Or) en guise d’adieu…Les applaudissements résonnent très longtemps, et les musiciens semblent, eux aussi, ne pas vouloir quitter la scène, je crois que tous, nous n’avons pas envie de laisser Elliott là. Mais la vie continue alors on se quitte tristement. Ce soir, j’avais rendez-vous avec un type épatant, enfin, avec quinze personnes épatantes ! Ce soir, j’avais rendez-vous avec la Musique.

Eugénie BUGAIN

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