Entretien intimiste avec Adahy : quand la voix de Balavoine guide la création d’aujourd’hui.
Derrière chaque artiste se cache souvent une ombre tutélaire, une voix qui a bercé les premières émotions et dessiné les contours d’une vocation. Pour notre invitée Adahy, cette présence s’appelle Daniel Balavoine.
Bien plus qu’une simple idole de jeunesse, le chanteur disparu est devenu un « phare » dans la nuit, un confident dont l’audace et la pureté mélodique résonnent encore dans les créations actuelles. À l’occasion de la sortie du morceau « Daniel », véritable poing levé vers l’enfance, nous avons exploré ce lien indéfectible qui unit les époques et les sensibilités.
Son nouvel EP est à paraître le 24 avril et Adahy fêtera cette sortie en release party le 25 avril 2026 à la Ferme d’en Haut de Villeneuve-d’Ascq.
Propos recueillis par Céline Galant. Photos : Lolita Charlet.
Tu as grandi sous le regard de Daniel Balavoine. Pour beaucoup, un poster est une décoration ; pour toi, c’était un phare. Te souviens-tu du moment précis où cette image est devenue une présence, presque un confident ?
Quand j’étais enfant, j’avais un petit lecteur CD portatif avec lequel j’écoutais la radio ou je passais des CD qui traînaient à la maison. Je me souviens que j’adorais m’endormir avec de la musique. J’ai un souvenir très clair dans lequel je dois avoir 7 ans, et je me couche avec une compil de Balavoine qui tourne.
Le CD s’ouvre avec « Les oiseaux pt.1 » et ça me met littéralement en émoi, presque en transe. Ce qui m’a marqué.e, ce n’est pas tant les paroles (dont je ne comprenais pas vraiment le sens), mais énormément la musique et la voix. J’ai le souvenir d’avoir beaucoup rêvé éveillé.e sur ce titre en particulier. Cette chanson, mais aussi son répertoire en général, ont très tôt fait office de cocon pour moi, et ont créé des moments où je me sentais en totale sécurité.
Ton morceau « Daniel » est décrit comme un « poing levé vers l’enfance ». Est-ce que chanter ce titre, c’est une manière de protéger l’enfant rêveur que tu étais contre l’adulte que tu es devenu.e ?
Protéger peut-être pas, mais il peut servir à nous rappeler que malgré les responsabilités qui nous incombent en tant qu’adultes, on peut aussi s’octroyer l’espace de rêver. Dans la frénésie d’un monde qui s’assombrit où tout va très vite, je pense que c’est important de réussir à se connecter à la part d’enfant qui nous reste pour ralentir, imaginer, s’émerveiller et tenir.
Balavoine était connu pour son audace et sa liberté de parole. Est-ce que c’est cette facette-là — le courage de dire « non » — que tu essaies d’insuffler dans ta propre musique et ton identité non-binaire ?
J’ai toujours été très sensible à l’injustice et j’ai toujours été comme un livre ouvert quand il s’agit de mes émotions et de mes opinions. C’est dans mon caractère de ne pas me laisser faire et de défendre les autres, donc il n’est pas étonnant que cela se retrouve dans ma musique ! C’est un outil génial pour faire passer des messages et faire bouger les lignes.
La chanson est présentée comme un « dialogue tendrement frénétique ». Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à Daniel aujourd’hui, maintenant que c’est toi qui es sur le devant de la scène ?
Que je hais cet hélico, pour commencer. Mais aussi que j’aurais donné beaucoup pour savoir ce qu’il penserait du monde actuel (même si j’ai déjà ma petite idée), ou pour entendre à quoi ressemblerait sa musique en 2026. Il était avant-gardiste dans la création, la programmation de sons, alors je serais curieux.se de savoir quelle utilisation il ferait de la technologie actuelle ! J’aimerais aussi lui dire merci d’avoir été un modèle pour moi, à une époque où peu d’artistes francophones politisaient leur musique.
Enfin, j’aimerais lui dire qu’une de mes plus grosses frustrations, c’est de savoir que je ne ferai jamais sa première partie, qu’on ne produira pas de musique ensemble et qu’on ne discutera jamais…
Tu évoques la voix de l’idole qui revient comme un fantôme pour nous rappeler nos rêves. Est-ce que la musique est, selon toi, la seule machine à remonter le temps qui fonctionne vraiment ?
Bien sûr ! Pour moi en tout cas, oui. Je vois vraiment les albums ou mes playlists comme des capsules temporelles, comme des photos mais en plus puissant. Quand j’entends une chanson, ça me ramène directement à des sensations, des odeurs, des ambiances, des émotions, des lieux…
Comment fait-on pour garder son « cap » et son insouciance dans une industrie musicale parfois brutale, quand on a été bercé par des mélodies aussi pures que celles de ton enfance ?
J’ai un peu l’impression d’être à l’écart et je suis souvent largué.e quand on parle de tendances musicales. Ce qui m’aide, c’est justement d’écouter ce que j’aime et qui me procure des émotions. C’est d’ailleurs pour ça que Balavoine est toujours mon artiste numéro 1 ! Il y a quelque chose de rassurant, mais aussi une richesse que je ne retrouve pas facilement dans les musiques actuelles.
Tu poses la question : « Et si nos idoles ne mouraient jamais vraiment ? ». À travers « Daniel », as-tu l’impression de lui offrir une nouvelle forme d’immortalité auprès de ton public ?
Carrément. Je voulais aussi transmettre la puissance de Balavoine aux gens qui seraient peut-être passé.es à côté, et pouvoir le faire revivre à ma manière, en chantant mon point de vue et en racontant ce qu’il a pu m’apporter indirectement.
Si tu devais choisir l’artiste qui, aujourd’hui, mériterait d’être en poster dans la chambre d’un.e gamin.e en quête de repères, qui serait-ce ?
C’est impossible de n’en choisir qu’un.e seule, mais si je devais citer des artistes actuel.les, je dirais Suzane, Doechii, Voyou, Hoshi, Billie Eilish, Zaho de Sagazan, PR2B, Sam Sauvage, Victor Solf, Hervé, Léonie Pernet, Stromae, Piche, Marguerite… Je pense qu’iels sont de bons modèles pour les adultes de demain (et ceux d’aujourd’hui aussi d’ailleurs !).
Quel est le disque de Balavoine qui restera à jamais ton « objet culte », celui que tu emmènerais sur une île déserte pour ne jamais perdre ton nord ?
C’est dur ! Mais je pense que je choisirais « Sauver l’amour », son dernier. J’aime énormément les choix d’arrangements qui ont été faits, l’utilisation des boîtes à rythmes et du Fairlight (l’un des premiers outils de musique assistée par ordinateur), les envolées vocales, les textes… Je trouve que ça vieillit terriblement bien et que les messages sont toujours autant d’actualité.