PROCHAINEMENT
"Premier sur l'actu musicale en Hauts-de-France"
MENU
DaGeist
Chroniques

La new wave dans l’âme des lillois de DaGeist

0 commentaire
29 décembre 2015 - par L'équipe

Chronique de l’album « 40 » de DaGeist.

Sobrement intitulé « 40 », le premier album du groupe lillois DaGeist ne manque pas d’esprit ni d’influence pour la génération quadra. Formé en 2008, le projet emmené par le chanteur et compositeur Davide Schiavoni (surnommé Schago), qui était au départ une bande de cinq copains se réunissant pour le plaisir de jouer ensemble une forme de revival new wave s’est muté en duo avec le bassiste Fredéric Strzelcyk, pour un enregistrement de ses meilleurs morceaux, durant l’automne 2015. Sous la houlette d’un ingénieur du son professionnel en mode autoproduction et design rétro d’une superbe pochette réalisée avec la muse Abigail Luce (que n’aurait pas renié le mouvement new beat de la fin des années 1980), se niche aujourd’hui huit titres absolument aboutis et addictifsoscillants entre élégance synthpop et atmosphères crépusculaires de rock gothique.

Une sonorité façon vieilles ondes radiophoniques ouvre l’album avec Lake of love (le tube évident de l’album), et évoque idylliquement l’illustration de la pochette en métaphore à Radio Londres. Ici Lille, les Lillois parlent aux résistants de la new wave underground universelle. En effet, DaGeist chante en anglais et ne parodie aucunement la new wave grand public malgré son influence revendiquée auprès de Depeche Mode ou de The Cure, même sur ce «  Lake of love » maniéré. Au contraire, les quelques nappes sonores à la Depeche Mode rappelleront celles des métalleux de Paradise Lost s’essayant avec fougue à l’électro-rock des précités sur le bluffant « Host » paru en 1999. Les lignes de basses de pure cold wave comme sur le second titre « In my city », à défaut de sonner clairement curiste (du groupe The Cure : NDLR) lorgnent du côté « Batcave » initié entre autre par les légendaires Bauhaus dont même l’influence du timbre vocal de son chanteur Peter Murphy se ressentira. Néanmoins, cantonner « In my city » et l’album à ce seul registre serait réducteur, car les arrangements mélodiques et courants influents se font légions, jusqu’à l’invitation d’un subtil chœur féminin à la The Gathering accompagnant le refrain final. Du reste, Davide possède naturellement le chant écorché, le timbre grave, sombre, et parfois enroué (la touche viscérale) sciant à cette scène, comme témoigne parfaitement le revendicateur et enivrant « Stéréo » à l’électronique discrètement titillante.

Sous forme de bande originale de film d’apocalypse, « Amazing » empreinte autant le sample de boucle EBM (Electro Body Music : NDLR) à la Nitzer Ebb, qu’au vocal, poignant de son leader Douglas McCarthy et en devient exemplaire. Avec « No one is innocent », plus léger, hypnotique et racé, on flirte sur la nouvelle génération nordiste venue de Suède, à l’instar des jeunes Lust for Youth ou dernière brillante production du groupe Agent Side Grinder. Avec « Demon’s time » qui débute sur une introduction trompeuse d’un autre temps (à la Bauhaus une nouvelle fois), évolue malignement sur une trame néo-romantique façon IamX, qui, mariée à une douce musicalité electronica (style sonore NDLR), mène à l’envoûtement abyssal. Sur « Trash Disco », la recette post-punk dansante d’un Killing Joke vintage prend le dessus comme un retour jouissif à la facette rebelle des années 1980. « Comon », fort, qui clôt l’album de DaGeist avec une cohérence manifeste, enfonce le clou sur un profond ressenti nostalgique, et invite à l’écoute en boucle.

Dageist 40

En fin de compte les DaGeist sont des puristes qui ont commis un pur album « à l’ancienne ». Avec ses mélodies sentimentales, ses trames mélancoliques, ses gimmicks de guitare rock à la frontière du grunge, ses arrangements électroniques concis ou encore effets synthétiques travaillés (une voix robotique désopilante comme sur le refrain de « In my city » ne peut être futile), l’effort ne cesse de dévoiler ses secrets à mesure de l’intérêt qu’on lui porte, et fait preuve même de bravoure. À l’issue de ce plaisir d’écoute immodéré, comprendre que le projet fonctionne uniquement par passion et sans aucun enjeu capital forge le respect et l’admiration. Çela se passe à Lille, et ça en impose grandement dans les oreilles contaminées par 40 années de culture et nouvelle vague musicale avérée.

Josse Juilien

Vous pouvez découvrir l’album  de DaGeist sur la page bandcamp et vous le procurer en format CD au magasin Cultura de Villeneuve d’Ascq, où le groupe sera en showcase au mois de février 2016.

50 total views, 2 views today

Imprimer Envoyer à un ami
0 commentaire réagissez au sujet de cet article !


Vous aimerez aussi

Votre adresse E-mail ne sera pas publiée
captcha