PROCHAINEMENT
HollySiz le 13 avril 2018 à l’Aéronef de Lille
"Premier sur l'actu musicale en Hauts-de-France"
MENU
Fishbach aux Nuits Secrètes
Interviews

Fishbach aux Nuits Secrètes 2017 : “Le prochain album pourrait totalement partir en vrille”

0 commentaire
21 août 2017 - par YenchY

Aux abords de la scène de l’Eden, quelques heures avant son passage au Festival des Nuits Secrètes, nous rencontrons Fishbach, posée et concentrée. Ses paroles comme ses idées fusent à toute vitesse au fur et à mesure de la conversation… C’est ça aussi le charme de Flora.

CCC : Bonjour Fishbach ! Tu as déjà joué aux Nuits Secrètes l’année dernière. Comment ça s’était passé ?

Fishbach : Il y avait une scène alternative dans le Jardin appelée La Plage, avec le DJ Prieur de la Marne. Prieur de la Marne mixait pendant les trois jours du festival et m’a invitée à jouer sur cette scène. À l’époque, je jouais encore en solo. Depuis six mois j’ai des musiciens, donc, on revient dans des conditions vraiment plus cool et adaptées pour une scène plus grande avec des lumières.

CCC : Parlons un peu de ton son. Quand on t’écoute, on a un son très travaillé, orienté années 1980. Est-ce que ça t’est tombé dessus un peu par hasard, ou était-ce un choix conscient ?

Fishbach : Pas du tout. Je n’étais pas musicienne à la base. J’ai découvert un peu cela par hasard et à partir de là j’ai adoré. Je ne me suis jamais dit : “Tiens, je vais faire un morceau à la Desireless ou à la Catherine Ringer”, ce serait d’ailleurs trop dommage… C’est simplement que quand je me suis penchée sur mon ordinateur, ce sont des sons qui parlaient à mon cœur.

Après, peut-être que… Je suis née dans les années 1990. Les années 1980 traînaient encore un petit peu, les parents mettaient cette musique en soirée. Il y a aussi des jeux vidéo qui utilisaient des musiques des années 1980. Tu vois, les petits sons dans les Game Boy, la N64, c’est mon enfance ! Donc, j’ai inconsciemment ces sons-là de synthé…

Pour tout ce qui est texte, je suis plutôt allée plonger dans les “tréfonds de mon âme” de jeune personne qui vit des choses comme tout le monde, en fait. On a tous des pensées, des déceptions, des rêves, des trucs de jeunes gens. Même si en vieillissant ça nous arrive toujours. Donc voilà, c’est ce truc un peu inconscient dans la musique qui me plaît. Pour les textes, j’ai voulu déverser des choses, comme une thérapie. Une exploration sonore, et une exploration intérieure via les textes.

CCC : Parlons justement de tes textes. Ils sont parfois un peu métaphysiques. Attribues-tu à ton activité artistique des aspects spirituels ? Est-ce que c’est quelque chose qui parfois te transcende, cherches-tu à tutoyer l’invisible ?…

F : Quand j’étais enfant, j’ai essayé plein de sports et j’ai essayé aussi plein d’arts. J’ai fait de la peinture, de la photo, j’adorais ça. La musique est l’art le plus abstrait, mais il est impalpable. C’est comme quand tu lis un bouquin et que tu imagines ce que ça pourrait donner physiquement. Chaque personne qui écoute ta musique a la liberté d’en faire ce qu’elle veut. Une peinture, elle est là, elle est définie, ses traits sont là, même si après l’imagination travaille aussi. Il y a un aspect éphémère, dans l’instant, quand tu partages un concert, qui ne ressemble jamais à un autre. C’est cet instant unique éphémère, la surprise aussi, car il y a aussi parfois des erreurs, qui m’excitent le plus.

CCC : Pour tes prochains projets musicaux, à quelles évolutions peut-on s’attendre ? Plutôt dans la continuité ou alors un virage radical ?

F : J’ai plein de paroles, j’ai beaucoup de titres de chansons. Je suis en phase d’ “absorption”, de beaucoup d’art et de styles musicaux en ce moment. Mon premier album c’étaient trois ans d’errance et d’accumulation de chansons. Je ne pense pas changer de processus. J’ai envie d’écrire, j’en bouillonne, je suis dans mes derniers gros festivals en juillet et j’aurai un peu de temps en août pour ça. J’ai très hâte parce que c’est ce que j’aimais à la base, au-delà de faire des concerts. Je n’ai pas défini des choses, je reste quelqu’un de très multiple. Je ne pense pas faire un album avec un fil rouge, une seule instrumentation, un code ou une unique histoire à raconter.

Enfin, mon premier disque, c’était déjà une histoire, c’est plein de facettes de moi. Comme beaucoup d’artistes quand ils font leur premier album, ces chansons, je les ai écrites de façon inconsciente, je ne pensais même pas en faire un disque.

J’ai envie de garder ce détachement quand j’écris, c’est précieux et je l’entretiens. Le prochain album pourrait être totalement foutraque, totalement partir en vrille. Mon kiff du moment, ce sont les sons de sitar, je m’éclate avec des instruments du monde sur mon ordinateur. Il y a des sonorités nouvelles que je découvre.

CCC : Si un jour tu devais composer une musique de film, sur quel type de film aimerais-tu travailler ?

F : J’aimerais beaucoup faire une comédie avec des sons très synthétiques et des thèmes récurrents à la Vladimir Cosma. J’aime les gros blockbusters, comme les films de Martin Scorcese. J’aime beaucoup aussi Alfonso Cuajon. C’est moins comédie, mais il a un sens du rythme qui pourrait fonctionner avec le sens rythmique de ma musique, avec ses longs plans-séquences. Il filme beaucoup le malaise, les silences et les absences. C’est ça qui donne un rythme, comme dans la musique où il faut des silences.

 J’ai très peur du nucléaire… Pour moi, c’est déjà du terrorisme

CCC : Est-ce qu’il y a une chose qui t’a touchée ces derniers temps, dont tu aimerais parler et partager avec nous ?

F : Tu me prends de cours, là… Car ma tête bouillonne de trucs. Je ne m’isole pas du tout du monde dans lequel on vit. Bien au contraire, je crois que l’on approche de la date limite où la Terre vit à crédit. Je crois que c’est dans une semaine là, peut-être un peu moins, je crois que ça recule un peu chaque année. Je ne sais pas si l’on y sera déjà quand tu publieras l’article (NDR : la date fatidique est tombée le 6 août). J’ai très peur du nucléaire, ça me fait beaucoup plus peur que des terroristes, vraiment plus. Pour moi, c’est déjà du terrorisme, sous couvert de besoins énergétiques presque inutiles pour la plupart des cas.

J’aime beaucoup me mettre en difficulté

CCC : Peux-tu nous raconter comment s’est passé le tournage de ton dernier clip “Un autre que moi”, réalisé par Iker & Manfre ?

F : Je suis assez difficile en équipe, et là on m’a proposé un truc pour “Un autre que moi”, et le scénario me plaisait bien, et les mecs avaient l’air complètement barrés. Donc nous sommes partis à Barcelone et en une nuit, on a tourné ce truc. J’avais une doublure. C’était très cool. Toutefois, c’était assez éprouvant. Il faisait extrêmement froid, de nuit, dans le désert. L’idée me plaisait bien et j’aime beaucoup me mettre en difficulté. De toute façon dans tous mes clips, je prends cher, mais c’est bien.

Mon premier clip “Béton mouillé”, c’est une nana qui veut droguer ses potes et qui se retrouve à faire un bad trip. C’est quelqu’un qui est dans une attente sentimentale assez terrible d’ailleurs… C’est ce que je ne veux pas être, bien sûr. Je reverse à travers ça ce que je peux.

CCC : Et sinon, être au volant de la superbe voiture du clip ?

Fishbach : C’était une super Jaguar, j’étais très contente. Au-delà de ça, j’aimais le côté “lynchien” du clip, cette boucle temporelle, ce conflit intérieur, toutes ces choses-là…

CCC : Un dernier mot à dire à ton public des Hauts-de-France et de Belgique ?

Fishbach : Je suis une proche voisine, venant de Charleville-Mézières. C’est toujours un bonheur de venir dans ces régions où l’on se sent bien. Je me sens un peu comme à la maison ici, c’est un peu la même mentalité que chez moi. On vient ici, on a hâte de revenir et peut-être plus tard dans la tournée.

1,404 total views, 14 views today

Imprimer Envoyer à un ami
0 commentaire réagissez au sujet de cet article !


Vous aimerez aussi

Votre courriel ne sera pas publié
captcha